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Leurs visages parlent souvent pour eux. Hier soir, à Milan, leurs yeux étaient mouillés, leur sourire indéscotchable. Vanessa James et Morgan Ciprès avaient de quoi brandir le poing : pour la première fois de leur carrière, à trente et vingt-six ans, les Français allaient monter sur un podium mondial. C'était la logique : les forfaits des Canadiens Duhamel-Radford (retraités) et des Chinois Sui Wenjing-Han Cong (blessés) propulsaient le duo français, cinquième aux JO, sur le podium. C'était compter sans le cou de Morgan Ciprès, bloqué pendant dix jours. Le couple était arrivé à Milan à court d'entraînement.
Championnats du monde (couples) : l'Allemagne sacrée, la France sur le podium
Apparaissait le spectre d'une nouvelle occasion manquée, après la quatrième place des Championnats d'Europe en janvier. « Mais on s'est battus comme des lions », soufflait hier soir le patineur. Une lourde chute sur le triple salchow lancé n'a pas empêché Vanessa James d'assurer la suite du programme. L'or, remporté par les champions olympiques allemands Savchenko-Massot, avec un nouveau record du monde (245,84 pts au total, et un sixième titre pour Savchenko), était inaccessible. Et les Français on ne peut plus satisfaits de leur sort. Eux, sur qui pas grand monde avait misé, qui auraient pu ne jamais se rencontrer, étaient désormais médaillés de bronze mondiaux. Comme leur coach américain John Zimmerman, seize ans plus tôt.
Vanessa James - Morgan Ciprès après leur médaille de bronze aux Championnats du monde à Milan Ciprès : «Un cadeau»
Leur carrière de patineurs n'avait pourtant rien de prédestiné. Si des raisons familiales n'avaient pas poussé les James à s'installer aux États-Unis, la petite Vanessa aurait continué de grandir aux Bermudes, où, pendant neuf ans, jamais elle ne posa une lame sur une patinoire. Si les parents de Morgan Ciprès n'avaient pas décidé, un dimanche, d'emmener leur petit garçon de quatre ans à la patinoire de Dammarie-les-Lys mais plutôt au cinéma, leur chemin n'aurait pas croisé celui d'Alain Giletti, champion du monde 1960. « Il a dit que j'avais sans doute un don et que ça valait le coup de m'inscrire si j'aimais ça, raconte Ciprès. Quand on a quatre-cinq ans, ça nous plaît forcément. » Surtout quand on est attirés par la compétition au point de demander à sa maman d'acheter des coupes à Decathlon. « Tu en gagneras », lui répondit-elle.
Un couple acharné
Leur association non plus n'était pas vraiment programmée. C'est pour patiner avec Yannick Bonheur que James, qui représentait auparavant la Grande-Bretagne, débarqua en France un jour de 2008. Malgré une participation aux JO 2010, le bonheur ne fut pas au rendez-vous. « Les entraînements étaient trop difficiles, il y avait beaucoup d'engueulades, c'était insupportable », se rappelle encore avec émotion la jeune femme, qui décida de mettre fin au partenariat. Patineur solo, Morgan Ciprès lui envoya alors un message. « Juste pour lui demander de ses nouvelles, savoir si tout allait bien. On a commencé à parler, et puis, de fil en aiguille, on a dit "On n'a qu'à rigoler et aller faire un test." »
18 ans. La médaille de James-Ciprès est la première pour un couple français depuis Sarah Abitbol et Stéphane Bernardis, troisièmes en 2000. « Je peux mourir tranquille ! », a écrit hier soir Bernadis à Ciprès.
La fédération ne partageait pas leur enthousiasme. « À l'époque, j'étais un petit branleur, je ne faisais pas beaucoup de bêtises mais j'en faisais... » Mais le duo s'obstina. Même quand la référence Ingo Steuer, coach allemand réputé à qui la fédération avait demandé un avis, décréta que le couple était sans avenir. « L'année suivante, Ingo est revenu vers eux en leur disant : "Je me suis trompé, je n'ai pas vu ce qu'il pouvait y avoir en Morgan et en ce couple", raconte Katia Krier, directrice de l'artistique à la FFSG. Ils ont eu raison. » De s'acharner, malgré les occasions manquées, un exil en Russie avorté, les tensions entre eux, aussi, que Zimmerman a su apaiser. « Ils ne s'arrêtent pas au moindre problème, ils s'obstinent, c'est pour ça qu'ils en sont là maintenant, observe Silvia Fontana, l'une de leurs entraîneurs en Floride. Ils sont comme des tigres. » Qui se sont bien trouvés.